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Jardinage

Plantation de saules : bande anti-ruissellement ou TTCR, le choix qui conditionne tout

Élise Garouste 5 min de lecture
Plantation de saules en bande anti-ruissellement TTCR, ruissellement et sédimentation au talweg

Publié par : — Rédactrice en chef

Planter des saules ne veut pas dire la même chose au fond d’un jardin, en bas d’une parcelle cultivée ou sur plusieurs hectares destinés à produire du bois. Le saule est une plante vigoureuse, qui s’installe facilement par bouturage et pousse vite. Mais selon la finalité, l’emplacement, la densité et l’entretien changent complètement. Voici comment s’y retrouver avant de sortir les boutures.

Trois types de plantation, trois logiques différentes

Ornement, bande hydraulique ou production : définir la fonction d’abord

Une plantation de saules répond presque toujours à une fonction précise. Au jardin ou en bord de chemin, on plante pour le port, l’ombre ou l’aspect paysager. En parcelle agricole, une bande de saules sert à ralentir l’eau et à retenir la terre. Enfin, la culture en taillis à très courte rotation (TTCR) vise la production régulière de biomasse. La même espèce peut parfois remplir plusieurs rôles, mais le dimensionnement, lui, se pense en fonction de l’objectif principal.

Schéma d'une plantation de saules en bande hydraulique : ralentissement du ruissellement, racines, couvert herbacé et sédimentation
Schéma d’une plantation de saules en bande hydraulique : ralentissement du ruissellement, racines, couvert herbacé et sédimentation

Ce que la fonction change concrètement

Objectif Emplacement Gestion Débouché
Ornemental Jardin, bord d’eau, haie Taille selon le port souhaité Agrément, paillage éventuel
Bande hydraulique Perpendiculaire au ruissellement, bas de parcelle, talweg Couvert herbacé au pied, entretien régulier Limitation de l’érosion, bois en complément
TTCR Bandes ou plein champ Désherbage mécanique les premières années, récolte tous les 2 ans Énergie, litière, BRF, paillage

Où planter les saules pour qu’ils servent vraiment

Positionner la bande face à l’eau

Pour lutter contre le ruissellement, la règle d’implantation est simple : les saules se placent perpendiculairement à l’écoulement, en bas de parcelle ou dans les talwegs, ces fonds de vallon où l’eau se concentre naturellement. À cet endroit, la bande joue un rôle de filtre. L’eau ralentit, s’infiltre davantage et les particules de terre qu’elle transporte se déposent : c’est la sédimentation. Sans cette barrière, ces mêmes particules finissent en ravines et en boues dans les fossés.

Le saule en bandes ligno-cellulosiques : protéger les sols et produire de la biomasse | Cette fiche des Chambres d’agriculture de Normandie explique comment le saule limite le ruissellement et l’érosion, préserve la ressource en eau et fournit de la biomasse valorisable.

Racines, herbe et mémoire du terrain

Imaginez la bande comme un moule en creux que l’eau doit traverser : les tiges la découpent en filets plus lents, les racines retiennent la terre en profondeur et le couvert herbacé, laissé au pied des plants, tapisse la surface. Ce trio forme une sorte de matrice vivante qui garde la forme du terrain au lieu de la laisser se creuser à chaque orage. C’est pourquoi on ne cherche pas un sol nu et parfaitement propre sous les saules d’une bande anti-érosion : l’herbe fait partie du dispositif. Selon la Chambre d’agriculture de Normandie, l’efficacité hydraulique d’une telle bande est comparable, voire supérieure, à celle d’une bande enherbée.

Choisir l’espèce et réussir la plantation

Salix viminalis pour la culture de biomasse

Pour le TTCR, l’espèce citée est Salix viminalis, associée à un développement rapide et à une forte production biologique. Pour un usage de jardin, le choix est beaucoup plus large, et la décision se fait surtout sur le port et la place disponible. Dans tous les cas, mieux vaut se renseigner sur les variétés adaptées à son terrain auprès d’un pépiniériste ou d’un conseiller agricole avant de commander.

Le bouturage, méthode de multiplication et de plantation

Le saule se plante par bouturage : on met en terre des tronçons de tige qui développent des racines et repartent. C’est ce qui rend la culture accessible et peu coûteuse en matériel végétal. En TTCR, cette opération est mécanisée à l’aide d’une planteuse spécifique, qui place les boutures à la bonne profondeur et au bon espacement. Pour un particulier, la plantation manuelle de quelques boutures suffit. Dans les deux cas, la qualité de la reprise dépend d’un sol préparé et d’une première année bien suivie.

Densité et entretien des premières années

15 000 pieds par hectare en TTCR

En culture énergétique, la densité de plantation visée est d’environ 15 000 pieds par hectare. Ce chiffre donne l’ordre de grandeur : il s’agit d’une plantation très dense, qui se rapproche davantage d’une culture que d’une haie. Pour une simple bande hydraulique ou un projet de jardin, on ajuste selon la surface et la fonction, sans chercher à reproduire ces valeurs agricoles.

Désherber tôt, laisser faire ensuite

Les premières années, les jeunes saules craignent la concurrence des adventices. Le désherbage mécanique, par exemple au rotovator, permet de dégager les rangs le temps que les plants s’installent. Une fois la plantation bien établie, le feuillage et le développement racinaire prennent le dessus. L’entretien devient alors plus léger, en dehors de la récolte.

Récolte et valorisation du bois de saule

Une récolte tous les 2 ans

En TTCR, la récolte intervient tous les 2 ans, avec une tête de récolte spécifique. Le bois est déchiqueté, puis stocké pendant 2 à 3 mois pour sécher avant d’être acheminé vers les chaufferies collectives. Le séchage compte : un bois à moins de 40 % d’humidité est mieux valorisé.

Énergie, litière, BRF et paillage

Le bois déchiqueté trouve plusieurs débouchés. En énergie, un hectare de saule représente l’équivalent de 7 000 litres de fioul par an, d’après la Chambre d’agriculture. En élevage, il peut remplacer ou compléter la paille pour la litière, avec un pouvoir drainant intéressant. Sous forme de bois raméal fragmenté (BRF), il nourrit la vie du sol, avec un stockage de carbone évalué à 7 tonnes par hectare et par an. Enfin, en paillage horticole, il limite les mauvaises herbes.

Côté économique, en Seine-Maritime, le bois déchiqueté est racheté 55 € par tonne verte départ ferme, avec un bonus de 5 € si l’humidité est inférieure à 40 %. Ces conditions sont locales : avant de se lancer, il faut vérifier les contrats, le matériel disponible et les débouchés proches de chez soi.

Élise Garouste
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